Miroir Magique
Texte peut-être ébauché lors de la soirée taf en commun chez Simon.
Le rouge des rideaux, un velours pourpre, lourd et imposant, qui tombe comme un tailleur Chanel, c’est ce qui attire l’œil du client. Susciter la curiosité, disait Melle Nyx, créer la surprise. La première fois qu’il se présente au Miroir Magique, le client est conduit par une soubrette, jupe courte, tablier en napperon qui souligne la taille et les hanches et regard malicieux. Le ton est toute suite donné. Rien de provoquant là-dedans, la fille est belle, on a envie de la suivre. Elle vous conduit à travers un couloir aux murs capitonnés. Le client, en confiance, suit le petit nœud du tablier blanc qui se balance sur la croupe chaloupante de la demoiselle. Sur les boiseries, les scènes érotiques des tableaux défilent. A la position 53 du Kama-Sutra javanais, ils s’arrêtent devant une porte. Veuillez patienter ici, Melle Nyx va descendre, dit la fille en fermant la porte. Et voilà l’homme seul dans ma salle d’attente. La pièce est grande et vide, il n’y a pas de fauteuil, ni chaises, ni aucune sorte de sièges pour inviter le client à s’asseoir. Il pense sans doute que cela signifie une attente pas trop longue, du moins dans un premier temps. Ensuite, après une minute à regarder ses ongles, il s’impatiente. Toujours. Il n’y a même plus d’illustration au mur pour occuper son regard, seul, sur le mur du fond ce rideau rouge. Il s’approche de la tenture, ils le font tous. Ils se demandent toujours ce qu’il y a derrière, ce qu’on leur cache. Toujours, ils jettent un coup d’œil en arrière. La porte est bien fermée, c’est dans la solitude qu’on assouvie cette curiosité. Toucher le rideau, c’est déjà l’ouvrir, c’est déjà savoir ce qu’on va y trouver. Le jeu des lumières sur le tissu rouge est envoûtant, la matière est douce et appelle la caresse.