Alice et Gabriel (synopsis) / première discussion entre Gabriel et Alice

Publié le par boxon

 Marieke, y aurait-il moyen que tu poses de la didascalie. je me suis dit que tu touchais mieux a mise en scène que moi, dc que tes interventions seraient plus pertinentes.

 

 


Gabriel – On n'est jamais venu, ici.

Alice- je sais. J'aime bien cet endroit. Ça me rappelle Fantomas.

Gabriel- fantomas ?

Alice- la voie ferrée, la nuit, la foret...


Gabriel ne sait que répondre. Il regarde, mais ne voit rien.


Alice- tu ne lisais pas, qd tu étais petit ?

Gabriel- non. Je jouais dehors.

Alice- dehors... tu as du mal à rester à l'intérieur, hein ?

Gabriel- un peu.

Alice- c'est pour ça qu'on est partis, ce soir ? On aurait au moins pu dire au revoir à Pierre.

Gabriel- il ne s'est pas aperçu de notre départ. Je ne suis même pas sûr qu'il ait vraiment remarqué notre arrivée. Et puis c'est toi qui m'a dit que tu voulais me parler.

Alice- on aurait pu rester là-bas, pour parler.

Gabriel- non. Tu ne me demandes jamais ma permission pour parler. Là, tu m'as dit « Je peux te parler ? ».Et tu n'avais même pas l'air sûre que je te l'accorde. Je suppose que c'est important.

Alice-....

Gabriel- C'est important, non ?

Alice- oui.

Un long silence. Ils regardent droit face à eux. Gabriel est assis, les genoux entourés par ses bras. Alice est debout. Elle a un peu froid.

Alice- est-ce qu'il t'arrive.....

Gabriel- de ?

Alice- est-ce qu'il t'arrive de vouloir... est-ce que, des fois, tu veux....disparaître ?

Gabriel- disparaître ? Comme s'envoler ?

Alice- non. Comme partir.

Gabriel- oui. Mais...

Alice- partir comme on est partis ce soir. Sans rien dire. Sans laisser de trace.

Gabriel- et bien.... je suppose que si je l'ai fait ce soir... ça ne doit pas me déranger, parfois.

Alice- quand ?

Gabriel- quand ?... quand je sens que ma présence n'est pas indispensable. Ou quand tu me demandes si tu peux me parler.

Alice- quand on ne remarque pas ton départ, et quand tu as l'impression qu'on n'a même pas remarqué ton arrivée ? Par exemple ?

Gabriel- par exemple. Et toi ?

Alice- j'ai souvent envie de partir.

Gabriel -...

Alice - Mais au début, c'était juste pour voir. Pour aller jouer dehors, comme toi.

Gabriel- au début ?

Alice- au début, j'avais, j'allais avoir 12 ans. C'était la veille de mon anniversaire. Je me sentais grande, tout à coup. De mon lit, je voyais la lune, et je savais que demain, quand elle aurait disparu, j'aurai 12 ans. J'avais l'impression que c'était la dernière fois que je la voyais comme ça, comme une petite. Alors j'ai voulu sortir. Pour la voir en vrai, sans la vitre, sans les rideaux. Je suis sorti. En pyjama, pieds nus. Et ça m'a fait... je ne sais pas... le froid, le vent... je pensais à mes parents, qui n'avaient aucune idée d'où j'étais. Puis je me suis rendu compte que personne ne pouvait savoir où j'étais. Parce que j'étais sortie. Sortie de ma chambre. Sortie de mon lit, de là où je devais être. De là où tout le monde pouvait espérer me trouver. Pouvait me trouver. Je m'étais échappée, et ça m'a plu, beaucoup plu, dès la première fois. Alors j'ai recommencé.

Gabriel- souvent ?

Alice- oui.

Gabriel- souvent comment ?

Alice- à partir de 14 ans, je sortais tout les mois. L'adolescence... tu connais.

Gabriel- et personne ne t'a jamais vue ?

Alice- si. La veille de mes 16 ans, j'ai eu peur de rentrer chez moi. Il était 5 heures, j'avais très froid. Mon blouson était trempé, il avait plu. Et ça m'est tombé dessus comme ça, une peur bleue, totale. Sans raison. J'ai continué à marcher, trempée, à penser à mes parents qui allaient s'inquiéter. Et plus j'y pensais, plus j'avais peur.

Gabriel- peur qu'ils te grondent ?

Alice- non. si. Un peu. Mais surtout, j'avais peur qu'ils m'empêchent de sortir, après. Qu'ils me surveillent. Qu'ils connaissent mon secret. Et plus je marchais, plus ce secret s'éventait, et plus je voulais marcher longtemps, pour profiter des derniers moments. C'était bizarre, comme si j'y mettais moi-même fin, consciemment, et que j'en appréciais jusqu'aux derniers spasmes d'agonie. Je savais que je faisais une erreur, une grosse erreur. Je savais que je me privais de ce qui m'était le plus cher, je sentais, indistinctement, que... que je me faisais mal, très mal, comme un déchirement. Mais je continuais, continuais, poussée par je ne sais quoi,... par je ne sais quoi.... ça ne t'est jamais arrivé ?

Gabriel- quoi ?

Alice- faire une erreur, sciemment ; t'en rendre compte au moment où il n'est presque pas trop tard ; mais quand même continuer dans ton erreur, presque par automatisme, comme un zombie, comme un lapin paralysé par les phares de la voiture qui va l'écraser. Ça ne t'est jamais arrivé ?

Gabriel- non... si ?... je ne sais pas.

Alice- si tu ne t'en rappelles pas, c'est que ça ne t'est jamais arrivé. C'est une sensation étrange, qu'on oublie pas. Et, généralement, les conséquences se chargent bien de te la rappeler.

Gabriel - .... et ils t'ont retruvée ?

Alice- Dans un fossé, endormie. J'ai été malade, deux semaines au lit. Puis je suis allé au pensionnat.

Gabriel- tes parents avaient ....

Alice- non. C'était prévu de puis longtemps. Là où on habitait, pour les filles, il n'y avait pas le choix. Le pensionnat, ou les champs, l'usine, la cuisine. J'y suis allé.

Gabriel- et ?

Alice- pas grand chose. Je sortais moins, beaucoup moins.

Gabriel- mais tu continuais ?

Alice- évidemment. Et j'allais plus loin. Comme le pensionnat était près du bourg, je marchais dans les rues, je m'asseyais sur les places. Et j'allais dans les cafés. C'est comme ça qu'ils me reprenaient. Les cafetiers, après un an, me connaissaient, et ils avaient tous le numéro du pensionnat épinglé au dessus de leur caisse. Les soeurs m'engueulaient, mes parents venaient, ça discutait un peu, et tout le monde se séparait en soupirant, jusqu'à la prochaine fois.

Gabriel- mais ça ne te dissuadait pas ?

Alice- non. J'aimais trop ça. J'aimais tout : organiser, élaborer le plan de sortie, prévoir ; me réveiller, doucement, sortir de mon lit, frissoner en m'habillant ; ouvrir la fenêtre, ou entrouvir la porte, marcher sur la pointe des pieds ; puis, le meilleur, la grande claque, à chaque fois, du vent, de l'air du dehors, sur mon visage... la sensantion de se réveiller, de se réveiller vraiment d'un long sommeil. Et les premiers pas, toujours avec les chaussures dans la main, parce que les dalles de la cour étaient très bruyantes... tout me plaisait. Alors je continuais. Quand je suis sorti du pensionnat, les soeurs étaient soulagées, et mes parents aussi. J'ai trouvé du travail, plus loin, et j'ai eu mon premier studio. Et...

Gabriel- et tu as continué ?

Alice- oui. En fait, ça n'avait rien à voir avec le fait d'être enfermée, de vivre sous le toit de quelqu'un. Si, au début, la sensation de liberté m'avait beaucoup plu, après le pensionnat, ce n'était plus ce qui m'intéressait. Et tu sais le plus étrange ?

Gabriel- non.

Alice- même qd je vivais seule, dans mon appartement, je partais soit par la fenêtre, soit sur la pointe des pieds, par ma porte. Je regardais derrière mon dos, je tenais mes chaussures à la main, je guettais le moindre bruit,.... je respectais le rituel. Parce que c'était ça qui me plaisait.

Gabriel- ... et maintenant ?

Alice- maintenant ?... d'après toi ?

Gabriel- pareil ?

Alice- pareil.

Gabriel- tous les mois ?

Alice- plus ou moins.

Gabriel- et pourquoi... pourquoi tu me le dis ? Pourquoi maintenant ?

Alice- je voulais que tu saches avant.

Gabriel- avant quoi ?

Alice- est-ce que tu veux m'épouser ?

Publicité

Publié dans ébauches diverses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article