Alice et Gabriel (synopsis) / texte source

Publié le par boxon

ce texte, à raffiner, sert de base au synopsis. il est inspiré de cette photo, prise par un pote de Yannick, le coloc de Simon.

Rappel : Gabriel est le pote de Pierre Ménard, notre peintre. Alice est la meuf qui pose problème entre eux.

je propose que chacun prenne un moment de l'histoire, et le développe comme il veut (dessins, texte, narration, etc...). Simon a commencé des croquis, des ébauches basées sur le moment du vernissage et celui de la première discussion entre Gabriel et Alice. pour ma part, j'ai développé (sous forme théâtrale) la première discussion entre Alice et Gabriel, ainsi que un des réveils de Gabriel abandonné. suivez les liens hypertextes...

 

Il est là. À ma gauche. Il sourit, discute, le verre à la main. Il donne le change. Il prétend. Il prétend qu'Alice est sa femme, et que la femme à ses côtés n'est pas Alice. Les autres n'y voient que du feu. Ils opinent, quand il sort une de ses incontestables vérités ; ils hochent quand il s'emporte sur des sujets aussi lénifiants que la crème de cassis qui décante au fond de leur flûte ; ils font la moue, de concert, lorsqu'il évoque ses « collègues ». Et le baise-main à Madame, qui est charmante. Mais qui n'est pas Madame.

Je ne voulais pas venir. Les vernissages me donnent la nausée, non par dégoût de l'art, mais parce que l'alcool y est généralement aussi abondant que de mauvaise qualité. Surtout quand il s'agit de ceux de la clique du vieux Ménard. Marty n'est pas le pire. Un peu fêlé, comme les autres, mais pas méchant. Et, depuis le début, je ne sais pas pourquoi, je l'ai toujours bien aimé. Sans doute à cause de cette manie de photographier des animaux. Je déteste les animaux, mais j'ai été content de voir qu'au milieu de tout ce ramassis de débauchés, cocaïnomanes, alcooliques, et j'en passe, il se trouvait encore quelqu'un pour prendre des animaux en photo.

Je ne voulais pas venir, mais Gabriel a insisté. D'un côté, je le comprends. C'est sa femme qui a disparu. Mais j'ai toujous du mal à gober sa théorie. Je sais que le vieux est machiavélique, qu'il est tordu. Et, qu'il sait se donner les moyens d'obtenir ce qu'il veut. Y compris s'il faut mentir, tromper, voler.

Le jour où Gabriel m'a annoncé qu'Alice était partie, ça ne m'a pas beaucoup surpris. Lui aussi s'y attendait. Mais cela ne l'a pas empêché d'avoir peur. Parce qu'après toutes ces années, il savait que chaque disparition pouvait être la dernière. Alice elle-même lui avait calmement expliqué, un soir. J'étais là. J'aurais préféré être ailleurs.

Alice fuguait régulièrement, depuis ses 12 ans. Environ une fois par mois. Après son mariage avec Gabriel, elle a fait semblant d'oublier de fuir pendant 2 ans. Gabriel, qui savait qu'elle partirait un jour ou l'autre, a lui aussi fait semblant, puis a fini par oublier vraiment. Mais un matin, c'était au printemps, il s'est réveillé; comme ce matin, seul dans son lit. Sans un mot, sans un bruit, sans rien emporter avec elle, elle était partie.

Gabriel s'est levé, et il a voulu s'habiller. En contemplant les vêtements d'Alice dans la penderie, il eu un sursaut, et faillit se jeter sur le téléphone. Mais il se rattrapa. Quand Alice lui avait parlé la première fois de son étrange manie, elle n'avait pas eu peur de l'effrayer. Elle le lui avait dit, calmement, simplement. Presque froidement. Sur le même ton à la fois détaché et sûr de soi qu'elle avait employé pour lui annoncer qu'elle voulait mourir, ce fameux soir où je n'aurais pas voulu être là. Elle lui avait dit qu'elle partirait. Régulièrement. Environ une fois par mois, comme elle le faisait depuis ses 12 ans. Puis, elle l'avait demandé en mariage. Gabriel voulut dire oui, mais elle l'arrêta d'un geste :

« Avant, je veux que tu jures que, si je disparais, tu ne me cherches pas. Jamais. Ni téléphone, ni traque dans les rues, ni police, ni famille, ni ami. Rien.

- Et si tu ne reviens pas ?

- Si tu ne me cherches pas, je reviendrai. »

Alors Gabriel dit oui, sans réfléchir.

Les premières fois, ce fut difficile. Puis il s'habitua un peu. Elle partit moins souvent. Et, au moment où il se prenait à croire qu'elle n'allait plus jamais disparaître, elle n'était plus là. Elle semblait sentir quand arrivait ce moment, quand Gabriel commençait à oublier qu'elle pouvait partir, quand il commençait à croire qu'elle pouvait rester, rester indéfiniment. Elle l'attendait, en fait, ce moment. Contrairement à ce qu'on pouvait penser, après toutes ces années, elle avait fini par maîtriser son désir de fuite. Il était toujours aussi irrépressible, mais elle parvenait à le canaliser et l'utiliser consciemment, pour parvenir à ses fins. Mais elle n'avait rien de machiavélique, elle. Ses fins, même si elle employait les moyens le splus tordus pour y parvenir, étaient innocentes. Elle voulait juste être sûre que Gabriel l'aimait. Voilà tout. Mais en être absolument sûre. Être sûre que chaque matin, il se réveille en pensant à elle, en la désirant à ses côtés. Elle voulait sentir le manque qu'elle provoquait chez lui, le sentir tous les jours, dans chacun de ses regards, dans chacun de ses gestes. Sentir que sa présence était nécessaire tout au long de la journée, sans aucun équivoque. Elle ne l'a pas caché, cela non plus. Elle s'en est même excusé. Pierre ne la croyait pas, pour lui, elle était seulement faible. Pierre traite toujours avec mépris les gens sincères. Gabriel, lui, la croyait, vraiment. Et moi aussi, parfois.

Mais, ce matin où il m'a appelé, j'ai cessé de croire quoique ce soit. Je ne suis pas superstitieux, mais quand j'ai réalisé que, pour la première fois, Gabriel manquait à sa parole et me demandait explicitement si je n'avais pas vu Alice, j'ai su qu'elle ne reviendrait pas. Non pas parce qu'il avait brisé sa promesse (nous n'étions pas dans un conte, malheureusement), mais parce que, s'il l'avait brisé, c'est qu'il savait qu'elle n'allait pas revenir. Et il n'avait pas tort. Il ne la revit jamais.

Comme par un grossier enchantement, Pierre disparut lui aussi de la circulation. Il se retrancha dans sa propriété, nous ne le vîmes plus en ville, ni dans les bars, ni à l'église, ni nulle part. C'était le début de sa « période bleue », mais nous ne l'avons su que plus tard. Il passait son temps à peindre, peindre. Personne ne voyait ce qu'il faisait. Il fermait son atelier à clef, et même Clémentine, sa pauvre bonne, ne pouvait y entrer, sous aucun prétexte de ménage. La seule chose que l'on savait de ses toiles c'était les taches de bleu presque pur qui maculaient ses habits et son visage. Et, à part les fêlés de sa clique, il ne recevait personne.

Un de ces fêlés, qui avait mal digéré le dadaïsme, avait décidé d'exposer des trucs à la mairie.

Publicité

Publié dans ébauches diverses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article