Alice et Gabriel (synopsis) / réveil de Gabriel

Publié le par boxon

 

Encore. Encore...

Gabriel se passe la main sur le visage. Il est allongé dans son lit. Il tend le bras. Sa place est froide, son oreiller aussi. Il évite de regarder. Il ramène ses genoux contre lui, et les enserre entre ses bras. Il fait chaud. Mais ses avant-bras disent qu'il a froid. Il a la chair de poule, et même lui, ça l'étonne. Il est encore tôt, peut-être 6 heures. Les volets sont fermés. Sauf un. Le jour en profite pour s'avancer, timidement, sur le plancher. La lumière est bleue, sombre. Mais Gabriel voit parfaitement tout ce qui l'entoure : le lit, dont il distingue les plis et les ombres ; l'armoire, juste devant, muette ; la chaise qui croûle sous ses vêtements, en désordre, et le fauteuil, à ses côtés. Vide.

La porte est fermée. Il a envie de se lever, mais il n'en a pas le courage. Il sait qu'aussitôt levé, il ira au fauteuil, et il tournera autour, une fois, deux fois, trois fois, en vain. Ses vêtements n'apparaitront pas par magie. Il sait que s'il se lève, il va la chercher. Inconsciemment. Il va la chercher des yeux, il va suspendre ses gestes, à mi-parcours, dans l'espoir de l'entendre faire un bruit. Il va marcher plus doucement, comme ralenti, la cherchant sans la chercher, l'espérant en se répétant de ne pas l'espérer.

Alors il reste au lit.

Il ne sait pas trop à quoi penser. Il regarde son réveil. Puis il se lève.

Le jour est de moins en moins bleu. La lumière infuse peu à peu la pièce, et Gabriel a de plus en plus de mal à savoir où porter son regard. Le lit, la fauteuil, le volet.... Il s'approche de l'armoire et l'ouvre. Ses cravates ondulent devant ses yeux, mais il ne les regarde pas.

Tout en haut, il y a ses pulls, en désordre. Un mélange de laines aux couleurs vives et de motifs entremêlés. Au-dessous, ce sont ses t-shirts, ses chemises, et son coffret à bijoux. Ici, tout est bien plié, bien empilé. Entre les chemises et la boîte à bijoux, il a une chaussette, roulée en boule. Sans doute échappée du tiroir du bas. Et en-dessous, sur la dernière étagère, ses sou-vêtements sont entassés, eux-aussi en désordre. Il appuie son front sur le montant en bois. Il a très envie de se jeter sur le téléphone. Très envie. Appeler Henri, appeler sa soeur, appeler la police. Mais il est trop tôt. Il choisit un t-shirt gris, et abandonne l'armoire. Son pantalon est froissé. En l'enfilant, ses yeux tombent sur le téléphone. Il va chercher ses cigarettes, pieds nus, dans la cuisine. Le carrelage est froid.

Dans la cuisine, tous les volets sont ouverts. Dehors, ça y est, il fait jour. La première bouffée occupe tout son esprit, et il regarde avec une sorte de soulagement la fumée s'exhaler au dessus de la table. Le cendrier est plein, il y a des miettes tout autour, et une petite tache de vin dans un coin. Il essaie de se souvenir de quoi ils ont parlé hier. Ou de ses gestes, de ses regards. Au fur et à mesure que se consume sa cigarette, il se repasse la soirée d'hier au ralenti, dans l'espoir d'un signe, d'un indice. Mais il ne sait pas bien ce qu'il cherche. Un « pourquoi » ? Il frissone.

En revenant dans la chambre, il a une idée, dérisoire. Il se rappelle sa robe, gris clair, et le gilet noir. Dans l'armoire, il ne les voit pas. Elle les porte. Voilà sa seule certitude, ce matin.

Le téléphone est toujours là. Dérisoire, lui aussi. Inutile.


« ... je veux que tu jures que, si je disparais, tu ne me cherches pas. Jamais. Ni téléphone, ni traque dans les rues, ni police, ni famille, ni ami. Rien.

- Et si tu ne reviens pas ?

- Si tu ne me cherches pas, je reviendrai. »


Certains matins, le téléphone lui dit toujours la même chose, il lui répète, encore et encore, pour être sûr qu'il n'oublie pas.

Il n'avait jamais pensé se marier avec Alice. L'idée ne lui était jamais venu à l'esprit. Jusqu'à ce qu'elle lui demande. Il avait voulu dire non, demander du temps, d'en rediscuter. Mais elle ne le lui avait pas laissé, le temps. Elle avait l'air tellement sincère, il n'était pas habitué. D'habitude, les gens qui traînaient chez Pierre, ce n'était pas la sincérité qui les étouffait.

Alors il avait dit oui. Parce qu'il pensait que quelqu'un de sincère à ce point-là, c'était forcément quelqu'un de bien. Et qu'on n'a pas deux fois l'occasion de se faire demander en mariage par quelqu'un de bien.

Mais il avait appris, depuis, que ce n'est pas parce qu'Alice était quelqu'un de bien qu'elle ne lui faisait pas du mal.

Il quitte la chambre précipitamment. Il avait la main juste au-dessus du combiné.

En laçant ses tennis, il se dit que c'est aussi une idée stupide. Mais, étrangemment, quand Alice disparaît, toutes ses idées lui paraissent stupides. Feindre un jogging, camoufler sa recherche, son inquiétude derrière un prétexte aussi incongru... il n'en était pas fier.

La porte d'entrée n'est pas verrouillée. Il va pleuvoir, les nuages sont très gris. Gabriel jette un oeil au jardin, il renifle, cherchant en vain cette odeur, cette sensation dont lui a souvent parlé Alice, l'odeur du dehors qui la tire du lit. Mais il ne sent rien. Peut-être n'existe-t-elle que la nuit ? Peut-être Alice est-elle la seule à pouvoir la sentir ?

Nous sommes mardi, et le facteur est au bout de la rue. Gabriel entend son fourgon. Il se rappelle que la dernière fois, elle était partie un dimanche.

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Publié dans ébauches diverses

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