première lettre, Françoise
pour des raisons de cohérence, il faudra retravailler nos textes. voilà, la première lettre,
le reste devrait suivre...
Budapest, le 4 août 1994,
Jacques,
Ton absence prolongée n'a plus de sens. Ou alors si, elle prend un sens beaucoup plus fort que ce à quoi je m'attendais.
Trois semaines et cinq jours sans nouvelles, à t'attendre, à tresaillir à la moindre sonnerie du téléphone, à guetter le facteur, à espérer.
D'habitude tu te contentes d'un coup de fil à une heure pas possible pour me dire que ça va et me demander des nouvelles du petit. D'habitude... Là, rien. J'espère juste qu'Abdénor ne t'as pas embarqué dans une de ses histoires foireuses. Tu te souviens la dernière fois, en Thaïlande?
Je commence sérieusement à m'inquiéter, d'autant que cette petite dispute que nous avons eu avant ton départ ne cesse de me revenir. Maintenant, elle me paraît exagérée. Je m'en veux de t'avoir parlé comme ça, de t'avoir dit ce que je pensais égoïstement, d'avoir prononcé les mots qui me venaient aux lèvres. Tu as choisi ton métier, je le savais en t'épousant. Tu as choisi cette vie-là. Mais est-ce que moi et Antoine en faisons encore partie, de ta vie?
J'ai donc décidé de partir à ta recherche, comme ça, sur un coup de tête. J'ai laissé Antoine chez ma mère. Je suis allée à la banque interroger ton compte, ils n'ont pas fait beaucoup d'histoires. J'avais inventé un beau mensonge, une histoire de mari étourdi et d'épouse méritante. Et ils ont craché le morceau : ton dernier retrait a été effectué à Budapest hier.
J'ai pris l'avion, et me voilà. Tu m'en veux déjà, je le sais, de m'imiscer dans tes affaires. Tu as toujours été discret sur tes occupations en dehors du cercle familial. Mais, c'était trop difficile pour moi, à peine vivable. Avec ce vide dans la maison et la culpabilité qui me rongeait.
Et puis, tu dis toujours que je ne voyage pas assez, qu'en dehors de la côte d'azur, je ne connais rien. Je sens que je vais adorer la Hongrie.
Tu me manques, mais je me sens déjà plus près de toi.
En attendant de te trouver, je t'embrasse.
Ta Françoise
PS: Evidemment, je ne sais pas où envoyer cette lettre. Aucune adresse à griffonner sur l'enveloppe. Je me contente de la garder sur moi, me promettant de te la donner dés que je t'aurais retrouvé. D'ailleurs, je t'écrirais tous les jours, pour que tu sache à quel point cette recherche est le fruit d'un amour sincère.