BIENVENuE

bienvenue.

ceci est donc le blog de travail et de communication de la boXon-team.

en cas de questions plus pressantes, ou de suggestions du même acabit, il existe aussi cette adresse : b.boxon@gmail.com.

hasta la victoria beckham.

Mardi 6 mars 2007

Elle sait. Elle sait ? Elle m'aurait pas appelé, sinon. Elle m'appelle jamais, d'habitude. Et là... comme par hasard... elle a maigri, la frangine. Vieilli, aussi. Comme moi, sans doute. Comme Abdénor. On vieillit vite, dans la famille. Et mal. Y'a qu'à voir son visage. Ou mes mains. Même Abdénor, il vieillit. Il le cache, parce qu'il a les moyens, mais il vieillit. Et je parle même pas des vieux... ça fait tellement longtemps. Ça fait... pffff... longtemps. Même pas sûr qu'ils me reconnaîtraient si... si quoi ? Si je les recroisais ? La bonne blague. Les croiser... je me demande comment ils vont. Mal, apparemment. Comme tout le monde. Et difficile d'aller mieux quand on passe son temps à empiler des capsules de... j'aurais dû prendre une bière. L'habitude... une bière, ça fait moins alcoolique, non ?... de toute façon, c'est trop tard... ses yeux.... mon dieu... on dirait mes mains. D'ailleurs, elle arrête pas de les mater, depuis tout à l'heure, mes mains. On dirait.... elle guette le tremblement, ou quoi ?... bah... chacun se console comme il peut... elle a dû en voir trembler, pourtant, des mains. Abdénor m'a dit que son mari... comment il s'appelle déjà, celui-là ? Marc ? Jean-Yves ?... quelle importance, de toute façon ? Il a un sale goût, ce whisky. C'est déjà triste d'être alcoolique, alors si en plus il faut boire de la merde... alcoolique et fauché, tu dois bicher, Suzette. Ça doit te faire plaisir, de les voir trembler, mes mains. Ce n'est que justice, non ? À moins que... à moins que tu regarces mes mains parce que t'oses pas me regarder dans les yeux... t'as peur de parler, peur que ça t'échappe ? Peur qu'il l'apprenne ? Peur d'Abdénor ?... pas faux. T'as toutes les raisons, d'en avoir peur, après tout. C'est pas l'instinct familial qui l'étouffe, lui. Et, même si elle a jamais trop rien su, pour Marie-Jeanne, elle doit bien se douter... mais elle craint rien. Qu'il dit. Après, de là à le croire... pas sûr que ce soit de la peur, en fait... non, elle a pas peur... elle le méprise trop pour en avoir peur. Et elle le connaît pas assez, aussi. Elle le connaîtrait vraiment... parle d'autre chose, t'as raison... de toute façon, moi aussi, je sais. Le frangin m'a dit. Mais même s'il avait rien dit... ça se voit. Ça se sent. Et puis, les secrets, on est habitué, dans la famille. On les voit venir. Et celui-là, vu sa taille, il était dur à cacher. Marie-Jeanne...plus de vingt ans sans nouvelles, et paf !, tout à coup, elle revient. Enfin, elle revient... dur de revenir d'où elle est... mais le gamin s'en est chargé pour elle. Un gamin... alors qu'on ne savait même pas si elle était encore... un gamin... deux, même, d'après Abdénor. Pas facile à encaisser. Ça ne m'étonne pas qu'elle préfère regarder mes mains. Regarde les tiennes, plutôt. Regarde tes mains, Suzette. Elles tremblent encore plus que les miennes. Le poids de la famille, faut croire... tout le monde a pas la carrure pour supporter sans trembler des mains. Ou sans boire. Ou sans stylnox... elles tremblaient pas ses mains, au frangin, quand il a reçu la nouvelle. Elles tremblent jamais, de toute façon. Pas le droit. Salut Frangin, qu'il me dit. T'as un nouveau neveu, tonton Jacques. Deux nouveaux neveux, même. Camille et Baptiste, qu'ils s'appellent. Qu'il me dit. Cmme ça, de but en blanc, un matin. Avant même que j'ai le temsp de commander mon premier whisky. Il tremble jamais, le frangin. Mais il se prive pas pour faire trembler les autres... deux neveux. Mes neveux ? ... c'est aussi les tiens, mon coco. Tonton Abdénor... tu connais ? Qu'il me demande. Tu le connais, ce Camille ? Non. Et lui non plus, il le connaissait pas, avant ce fameux coup de fil. Personne te connaît, Camille. Et tu connais personne. Surtout pas ta famille. Et je sais pas si tu fais bien d'essayer... pas sûr que t'apprécie le tableau. La grand-mère défoncée aux médocs, le grand-père derrière les barreaux, la mère six pieds sous terre après un lourd passif au tapin, un tonton qui se prend pour le Parrain, et qui s'en sort pas si mal, l'autre qui boit du whisky à 10 heures du mat pour oublier qu'il est véreux....

Par boxon - Publié dans : ébauches diverses
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 6 mars 2007

Elle sait ? Elle va le dire ? Elle sait. M'aurait pas appelé, sinon. Elle sait, mais elle ose pas... pas facile pour elle, je suppose. Pas été facile pour moi, en tout cas. Sacré choc, même. Sacré choc... des « nouvelles » de Marie-Jeanne. Rien que d'entendre... rien que ce prénom.... Marie-Jeanne... tellement longtemps... toutes ces... rien que de se rappeler, se rappeler qu'elle avait... qu'elle existait... toutes ces années... rien que ça, ça fait... bizarre ? Pourtant, je savais. Je devinais, plutôt. J'avais senti, senti le secret. Abdénor. Il m'avait, deux ou trois fois, il m'avait laissé entendre que, peut-être... puis que sûrement... il savait des trucs . Il voulait pas dire quoi. Il voulait même pas vraiment dire qu'il savait. Mais il savait. Du coup, moi aussi, je savais. Enfin, presque. Je m'étais fait doucement à l'idée. Marie-Jeanne... vivante. Quelque part. Drôle d'idée. Lui, il savait où. Il avait « gardé un oeil » sur elle. Sans rien dire à personne. Comme d'habitude. En même temps, en parler, ok, mais à qui ? Papa ? Je sais même pas si il se souvient d'elle. S'il a envie de s'en souvenir. Trop occupé à ruminer. À classer ces capsules de bières. Maman ? Pas besoin de ça, la pauvre. Suffisamment à l'ouest comme çà. Du stylnox ?... tu m'étonnes... pas brillant. Chacun sa prison, je suppose. Et à elle ? En parler à elle ?... maintenant qu'elle sait, de toute façon... et puis avant qu'elle accepte... qu'elle accepte l'idée, qu'elle accepte que ça vienne d'Abdénor... qu'elle parle à Abdénor ? La bonne blague. Il est plus mort que Marie-Jeanne, à ses yeux. Plus que mort, même. Enterré. Rayé de la liste. Il a jamais existé. Curieux, même, qu'elle accepte de me reparler, rien qu'à moi, le traître. Elle sait que je bosse pour lui, pourtant. C'est pas pour ça qu'il m'en dit plus, d'ailleurs. Aussi muet que Papa. Famille de muets. Faut voir où ça nous mène, de jamais rien dire... pourtant, il m'en a parlé, de ce coup de téléphone. Étonnant. Ça a dû le secouer aussi, le frangin, pour qu'il m'en parle. C'est que c'était pas prévu dans ses plans, l'apparition du petit. Il a rien vu venir. Pourtant, il regardait bien. Pas comme Suzanne. Il devait y avoir des trous dans sa surveillance, au frangin. Pas terrible pour le standing; qu'il a dû se dire. Il doit être en train de secouer quelques sous-fifres, en ce moment. D'où le retard dans le business avec les Hongrois. D'où le départ reporté. Il aurait pu retarder le mien, aussi. Ça m'aurait permis de... la communion du gamin, j'aurais pu... ça aurait été l'occasion.... mais bon. Elle m'invite, mais pas sûr qu'elle serait ravie que je vienne. Des retrouvailles... ça fait longtemps que j'ai pas vu Maman. Elle aurait supporté ? Pas sûr. Elle a pas l'air solide, en ce moment. Elle était déjà pas bien vaillante, depuis le... des retrouvailles... avec ce fantôme sur les épaules... ces fantômes... La moitié de la famille devenue une putain d'armée de spectres, de cadavres dans le placard. Pas facile d'éviter les retrouvailles plombées. Famille de fantômes, famille de muets, famille d'ombres...

Alors, frangine ? Tu la craches, ta Valda ? Tu m'en parles de ce ... Dominique ? Emmanuel ?... je sais que tu s... Camille, voilà. Camille... invité surprise à la table des Ménard. En pleine communion. Bonjour Mamie, bonjour Tata, bonjour tout le monde, c'est moi Camille, le cadavre du placard. On m'a dit que c'était une spécialité de la maison, alors je me suis permis de passer. Et je viens pas tout seul. Je vous présente ma mère, vous savez, l'autre cadavre. Votre fille. Votre soeur. Quel meilleur moment, quelle meilleur endroit, pour déballer le paquet, que la communion de X ? Entre la viande et le trou normand : « Grand-mère, savez-vous que votre fille aînée est peut-être encore en vie ? Non ? Vous reprendrez un peu de vin, peut-être ? Pour faire descendre les cachetons, non ? Avaler la pilule, la nouvelle... » Pas terrible pour le coeur. Pas terrible... Secouée la grand-mère... depuis le temps, elle s'était habituée. À la douleur, au silence, aux disparus. Aux secrets. S'était même vite habituée. Quand toute sa famille part en morceaux, faut bien remplir le vide par autre chose. À défaut de fils, de mari, de filles, elle s'était faite à l'idée... une famille d'absents. Toujours mieux que pas de famille du tout. Même si, dans les faits, il n'y a aucune différence.

Elle parle pas, la frangine. Bizarre. Si dur que ça à digérer ?... ou c'est qu'elle ose pas ? Pas envie d'en parler ? De m'en parler ? Pas envie d'en parler au traître, sans doute. Je suis dans l'autre camp. Dans le camp de l'Autre, comme elle dit. « l'Autre »... Ton frère. Le mauvais. Qui appelle son propre frère « l'Autre » ?... Abdénor l'appele toujours « Suzanne », elle. Même si il en parle pas souvent. Remarque, il peut bien être poli, avec toutes les saloperies qu'il nous a faites. « nous » ? qu'il leur a faites. Peut-être qu'elle a peur d'en parler ? Peut-être qu'elle croit qu'elle... non... qu'elle seule sait ? Comment pourrait-elle.... remarque, de son point de vue... pourquoi pas ? elle sait pas. Elle sait rien. Elle peut pas imaginer... peut pas imaginer que, comme tous les membres de la famille, même les soi-disant morts, Abdénor « garde un oeil » sur elle. Sur son mari. Sur ces (?) gamins. Un oeil, et une oreille. Jusque sous son téléphone. Elle sait rien. Alors que lui, il sait tout. Il croit tout savoir. Et moi ? Qu'est-ce que je sais ?... elle est... putain, qu'est-ce qu'elle fume... un vrai pompier. Elle cogite, la frangine... cogite, cogite, vas-y. Ça doit tourner, dans sa tête. « Je lui dis ? ». « Je lui dis pas ? »...

Je sais ce qu'elle fait. Elle est en train de jouer avec son secret. De le faire durer, de l'économiser... trop contente d'avoir enfin le sien ? Trop contente d'avoir un secret rien que pour elle ? Pas besoin de le partager. Ni avec moi, ni avec les vieux. Ni avec Abdénor. Rien que pour elle... et bien, vas-y, profite...joue bien, tripote le bien, ton petit secret de famille. ta petite vengeance éventée... mais je suis déçu. Je pensais que t'avais compris, Suzette. Que t'étais moins con que l'Autre. Moins con que moi... après toutes ces années... je te croyais plus maline. Mais je me suis trompé. T'as rien compris. Rien. T'as pas pigé qu'à l'intérieur d'une famille, les secrets, c'est comme l'odeur de la peur pour les clébards : rien à faire, impossible à masquer, ça se sait, ça se sent. Et pire, même : ça pue.

Par boxon - Publié dans : ébauches diverses
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 16 février 2007
 

Encore. Encore...

Gabriel se passe la main sur le visage. Il est allongé dans son lit. Il tend le bras. Sa place est froide, son oreiller aussi. Il évite de regarder. Il ramène ses genoux contre lui, et les enserre entre ses bras. Il fait chaud. Mais ses avant-bras disent qu'il a froid. Il a la chair de poule, et même lui, ça l'étonne. Il est encore tôt, peut-être 6 heures. Les volets sont fermés. Sauf un. Le jour en profite pour s'avancer, timidement, sur le plancher. La lumière est bleue, sombre. Mais Gabriel voit parfaitement tout ce qui l'entoure : le lit, dont il distingue les plis et les ombres ; l'armoire, juste devant, muette ; la chaise qui croûle sous ses vêtements, en désordre, et le fauteuil, à ses côtés. Vide.

La porte est fermée. Il a envie de se lever, mais il n'en a pas le courage. Il sait qu'aussitôt levé, il ira au fauteuil, et il tournera autour, une fois, deux fois, trois fois, en vain. Ses vêtements n'apparaitront pas par magie. Il sait que s'il se lève, il va la chercher. Inconsciemment. Il va la chercher des yeux, il va suspendre ses gestes, à mi-parcours, dans l'espoir de l'entendre faire un bruit. Il va marcher plus doucement, comme ralenti, la cherchant sans la chercher, l'espérant en se répétant de ne pas l'espérer.

Alors il reste au lit.

Il ne sait pas trop à quoi penser. Il regarde son réveil. Puis il se lève.

Le jour est de moins en moins bleu. La lumière infuse peu à peu la pièce, et Gabriel a de plus en plus de mal à savoir où porter son regard. Le lit, la fauteuil, le volet.... Il s'approche de l'armoire et l'ouvre. Ses cravates ondulent devant ses yeux, mais il ne les regarde pas.

Tout en haut, il y a ses pulls, en désordre. Un mélange de laines aux couleurs vives et de motifs entremêlés. Au-dessous, ce sont ses t-shirts, ses chemises, et son coffret à bijoux. Ici, tout est bien plié, bien empilé. Entre les chemises et la boîte à bijoux, il a une chaussette, roulée en boule. Sans doute échappée du tiroir du bas. Et en-dessous, sur la dernière étagère, ses sou-vêtements sont entassés, eux-aussi en désordre. Il appuie son front sur le montant en bois. Il a très envie de se jeter sur le téléphone. Très envie. Appeler Henri, appeler sa soeur, appeler la police. Mais il est trop tôt. Il choisit un t-shirt gris, et abandonne l'armoire. Son pantalon est froissé. En l'enfilant, ses yeux tombent sur le téléphone. Il va chercher ses cigarettes, pieds nus, dans la cuisine. Le carrelage est froid.

Dans la cuisine, tous les volets sont ouverts. Dehors, ça y est, il fait jour. La première bouffée occupe tout son esprit, et il regarde avec une sorte de soulagement la fumée s'exhaler au dessus de la table. Le cendrier est plein, il y a des miettes tout autour, et une petite tache de vin dans un coin. Il essaie de se souvenir de quoi ils ont parlé hier. Ou de ses gestes, de ses regards. Au fur et à mesure que se consume sa cigarette, il se repasse la soirée d'hier au ralenti, dans l'espoir d'un signe, d'un indice. Mais il ne sait pas bien ce qu'il cherche. Un « pourquoi » ? Il frissone.

En revenant dans la chambre, il a une idée, dérisoire. Il se rappelle sa robe, gris clair, et le gilet noir. Dans l'armoire, il ne les voit pas. Elle les porte. Voilà sa seule certitude, ce matin.

Le téléphone est toujours là. Dérisoire, lui aussi. Inutile.


« ... je veux que tu jures que, si je disparais, tu ne me cherches pas. Jamais. Ni téléphone, ni traque dans les rues, ni police, ni famille, ni ami. Rien.

- Et si tu ne reviens pas ?

- Si tu ne me cherches pas, je reviendrai. »


Certains matins, le téléphone lui dit toujours la même chose, il lui répète, encore et encore, pour être sûr qu'il n'oublie pas.

Il n'avait jamais pensé se marier avec Alice. L'idée ne lui était jamais venu à l'esprit. Jusqu'à ce qu'elle lui demande. Il avait voulu dire non, demander du temps, d'en rediscuter. Mais elle ne le lui avait pas laissé, le temps. Elle avait l'air tellement sincère, il n'était pas habitué. D'habitude, les gens qui traînaient chez Pierre, ce n'était pas la sincérité qui les étouffait.

Alors il avait dit oui. Parce qu'il pensait que quelqu'un de sincère à ce point-là, c'était forcément quelqu'un de bien. Et qu'on n'a pas deux fois l'occasion de se faire demander en mariage par quelqu'un de bien.

Mais il avait appris, depuis, que ce n'est pas parce qu'Alice était quelqu'un de bien qu'elle ne lui faisait pas du mal.

Il quitte la chambre précipitamment. Il avait la main juste au-dessus du combiné.

En laçant ses tennis, il se dit que c'est aussi une idée stupide. Mais, étrangemment, quand Alice disparaît, toutes ses idées lui paraissent stupides. Feindre un jogging, camoufler sa recherche, son inquiétude derrière un prétexte aussi incongru... il n'en était pas fier.

La porte d'entrée n'est pas verrouillée. Il va pleuvoir, les nuages sont très gris. Gabriel jette un oeil au jardin, il renifle, cherchant en vain cette odeur, cette sensation dont lui a souvent parlé Alice, l'odeur du dehors qui la tire du lit. Mais il ne sent rien. Peut-être n'existe-t-elle que la nuit ? Peut-être Alice est-elle la seule à pouvoir la sentir ?

Nous sommes mardi, et le facteur est au bout de la rue. Gabriel entend son fourgon. Il se rappelle que la dernière fois, elle était partie un dimanche.

Par boxon - Publié dans : ébauches diverses
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 16 février 2007
Par boxon - Publié dans : ébauches diverses
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 16 février 2007

 Marieke, y aurait-il moyen que tu poses de la didascalie. je me suis dit que tu touchais mieux a mise en scène que moi, dc que tes interventions seraient plus pertinentes.

 

 


Gabriel – On n'est jamais venu, ici.

Alice- je sais. J'aime bien cet endroit. Ça me rappelle Fantomas.

Gabriel- fantomas ?

Alice- la voie ferrée, la nuit, la foret...


Gabriel ne sait que répondre. Il regarde, mais ne voit rien.


Alice- tu ne lisais pas, qd tu étais petit ?

Gabriel- non. Je jouais dehors.

Alice- dehors... tu as du mal à rester à l'intérieur, hein ?

Gabriel- un peu.

Alice- c'est pour ça qu'on est partis, ce soir ? On aurait au moins pu dire au revoir à Pierre.

Gabriel- il ne s'est pas aperçu de notre départ. Je ne suis même pas sûr qu'il ait vraiment remarqué notre arrivée. Et puis c'est toi qui m'a dit que tu voulais me parler.

Alice- on aurait pu rester là-bas, pour parler.

Gabriel- non. Tu ne me demandes jamais ma permission pour parler. Là, tu m'as dit « Je peux te parler ? ».Et tu n'avais même pas l'air sûre que je te l'accorde. Je suppose que c'est important.

Alice-....

Gabriel- C'est important, non ?

Alice- oui.

Un long silence. Ils regardent droit face à eux. Gabriel est assis, les genoux entourés par ses bras. Alice est debout. Elle a un peu froid.

Alice- est-ce qu'il t'arrive.....

Gabriel- de ?

Alice- est-ce qu'il t'arrive de vouloir... est-ce que, des fois, tu veux....disparaître ?

Gabriel- disparaître ? Comme s'envoler ?

Alice- non. Comme partir.

Gabriel- oui. Mais...

Alice- partir comme on est partis ce soir. Sans rien dire. Sans laisser de trace.

Gabriel- et bien.... je suppose que si je l'ai fait ce soir... ça ne doit pas me déranger, parfois.

Alice- quand ?

Gabriel- quand ?... quand je sens que ma présence n'est pas indispensable. Ou quand tu me demandes si tu peux me parler.

Alice- quand on ne remarque pas ton départ, et quand tu as l'impression qu'on n'a même pas remarqué ton arrivée ? Par exemple ?

Gabriel- par exemple. Et toi ?

Alice- j'ai souvent envie de partir.

Gabriel -...

Alice - Mais au début, c'était juste pour voir. Pour aller jouer dehors, comme toi.

Gabriel- au début ?

Alice- au début, j'avais, j'allais avoir 12 ans. C'était la veille de mon anniversaire. Je me sentais grande, tout à coup. De mon lit, je voyais la lune, et je savais que demain, quand elle aurait disparu, j'aurai 12 ans. J'avais l'impression que c'était la dernière fois que je la voyais comme ça, comme une petite. Alors j'ai voulu sortir. Pour la voir en vrai, sans la vitre, sans les rideaux. Je suis sorti. En pyjama, pieds nus. Et ça m'a fait... je ne sais pas... le froid, le vent... je pensais à mes parents, qui n'avaient aucune idée d'où j'étais. Puis je me suis rendu compte que personne ne pouvait savoir où j'étais. Parce que j'étais sortie. Sortie de ma chambre. Sortie de mon lit, de là où je devais être. De là où tout le monde pouvait espérer me trouver. Pouvait me trouver. Je m'étais échappée, et ça m'a plu, beaucoup plu, dès la première fois. Alors j'ai recommencé.

Gabriel- souvent ?

Alice- oui.

Gabriel- souvent comment ?

Alice- à partir de 14 ans, je sortais tout les mois. L'adolescence... tu connais.

Gabriel- et personne ne t'a jamais vue ?

Alice- si. La veille de mes 16 ans, j'ai eu peur de rentrer chez moi. Il était 5 heures, j'avais très froid. Mon blouson était trempé, il avait plu. Et ça m'est tombé dessus comme ça, une peur bleue, totale. Sans raison. J'ai continué à marcher, trempée, à penser à mes parents qui allaient s'inquiéter. Et plus j'y pensais, plus j'avais peur.

Gabriel- peur qu'ils te grondent ?

Alice- non. si. Un peu. Mais surtout, j'avais peur qu'ils m'empêchent de sortir, après. Qu'ils me surveillent. Qu'ils connaissent mon secret. Et plus je marchais, plus ce secret s'éventait, et plus je voulais marcher longtemps, pour profiter des derniers moments. C'était bizarre, comme si j'y mettais moi-même fin, consciemment, et que j'en appréciais jusqu'aux derniers spasmes d'agonie. Je savais que je faisais une erreur, une grosse erreur. Je savais que je me privais de ce qui m'était le plus cher, je sentais, indistinctement, que... que je me faisais mal, très mal, comme un déchirement. Mais je continuais, continuais, poussée par je ne sais quoi,... par je ne sais quoi.... ça ne t'est jamais arrivé ?

Gabriel- quoi ?

Alice- faire une erreur, sciemment ; t'en rendre compte au moment où il n'est presque pas trop tard ; mais quand même continuer dans ton erreur, presque par automatisme, comme un zombie, comme un lapin paralysé par les phares de la voiture qui va l'écraser. Ça ne t'est jamais arrivé ?

Gabriel- non... si ?... je ne sais pas.

Alice- si tu ne t'en rappelles pas, c'est que ça ne t'est jamais arrivé. C'est une sensation étrange, qu'on oublie pas. Et, généralement, les conséquences se chargent bien de te la rappeler.

Gabriel - .... et ils t'ont retruvée ?

Alice- Dans un fossé, endormie. J'ai été malade, deux semaines au lit. Puis je suis allé au pensionnat.

Gabriel- tes parents avaient ....

Alice- non. C'était prévu de puis longtemps. Là où on habitait, pour les filles, il n'y avait pas le choix. Le pensionnat, ou les champs, l'usine, la cuisine. J'y suis allé.

Gabriel- et ?

Alice- pas grand chose. Je sortais moins, beaucoup moins.

Gabriel- mais tu continuais ?

Alice- évidemment. Et j'allais plus loin. Comme le pensionnat était près du bourg, je marchais dans les rues, je m'asseyais sur les places. Et j'allais dans les cafés. C'est comme ça qu'ils me reprenaient. Les cafetiers, après un an, me connaissaient, et ils avaient tous le numéro du pensionnat épinglé au dessus de leur caisse. Les soeurs m'engueulaient, mes parents venaient, ça discutait un peu, et tout le monde se séparait en soupirant, jusqu'à la prochaine fois.

Gabriel- mais ça ne te dissuadait pas ?

Alice- non. J'aimais trop ça. J'aimais tout : organiser, élaborer le plan de sortie, prévoir ; me réveiller, doucement, sortir de mon lit, frissoner en m'habillant ; ouvrir la fenêtre, ou entrouvir la porte, marcher sur la pointe des pieds ; puis, le meilleur, la grande claque, à chaque fois, du vent, de l'air du dehors, sur mon visage... la sensantion de se réveiller, de se réveiller vraiment d'un long sommeil. Et les premiers pas, toujours avec les chaussures dans la main, parce que les dalles de la cour étaient très bruyantes... tout me plaisait. Alors je continuais. Quand je suis sorti du pensionnat, les soeurs étaient soulagées, et mes parents aussi. J'ai trouvé du travail, plus loin, et j'ai eu mon premier studio. Et...

Gabriel- et tu as continué ?

Alice- oui. En fait, ça n'avait rien à voir avec le fait d'être enfermée, de vivre sous le toit de quelqu'un. Si, au début, la sensation de liberté m'avait beaucoup plu, après le pensionnat, ce n'était plus ce qui m'intéressait. Et tu sais le plus étrange ?

Gabriel- non.

Alice- même qd je vivais seule, dans mon appartement, je partais soit par la fenêtre, soit sur la pointe des pieds, par ma porte. Je regardais derrière mon dos, je tenais mes chaussures à la main, je guettais le moindre bruit,.... je respectais le rituel. Parce que c'était ça qui me plaisait.

Gabriel- ... et maintenant ?

Alice- maintenant ?... d'après toi ?

Gabriel- pareil ?

Alice- pareil.

Gabriel- tous les mois ?

Alice- plus ou moins.

Gabriel- et pourquoi... pourquoi tu me le dis ? Pourquoi maintenant ?

Alice- je voulais que tu saches avant.

Gabriel- avant quoi ?

Alice- est-ce que tu veux m'épouser ?

Par boxon - Publié dans : ébauches diverses
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus